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mardi 1 mai 2012

Les parisiennes de Natasha Gudermane

Pratiquement chaque jour je fais la "tournée" des quelques sites qui m'intéressent. Quelques minutes consacrées à la photo et aux productions et travaux d'amateurs ou professionnels. Et puis de temps, au détour d'une page, on découvre des réalisations inattendues. Le travail de Natasha Gudermane en fait partie. Cette photographe lettone vit à Paris depuis quelques années. Elle a pris le parti d'aller à la rencontre des femmes parisiennes pour faire des portraits intimistes :

« Je vis à Paris depuis quelques années et cela fait des mois que je travaille sur une série de portraits intimes de parisiennes. Je déshabille mes amies, mais aussi des inconnues rencontrées dans la rue, devant mon appareil photo. Étant étrangère, je me sers de mon projet pour m’approcher des françaises et mieux comprendre ces femmes, qui au premier regard m’ont semblé si différentes. Je photographie les jeunes parisiennes nues, toujours chez elles, sur leur territoire intime. En laissant de côte tout ce qui est superflu, n’ayant rien pour se couvrir, mes modèles laissent ressortir leur vulnérabilité. Dévêtues, elles restent néanmoins habillées de leur âme. C’est ce moment magique que j’essaye de capturer dans mon objectif. La féminité, le mystère et la poésie sont les choses que je recherche, à travers mon travail, dans ce monde pragmatique et raisonnable. »

Charlotte
Kitty
Juliette
Hayat
Gwen
Dans cette série, j'aime beaucoup le rendu des couleurs, les lumières très douces ainsi que l'originalité des poses de ces jeunes femmes. Il se dégage de ces images, où chaque femme semble jouer chez elle le rôle de sa vie, une sensualité intimiste mais aussi étrange.

Je vous invite à voir le série complète sur :
http://www.natashagudermane.com
mais aussi à découvrir les autres travaux de Natasha Gudermane :
http://www.gudermane.net

samedi 21 janvier 2012

Denis Brihat : des natures vives

Pas un message sur le blog en un mois, pfff... Durant ces dernières semaines j'ai été contraint de mettre un peu de côté mon activité photographique : l'activité professionnelle étant obligatoirement prioritaire et actuellement particulièrement chargé :-(

Mais revenons à la photo. Alors que dans notre cours photo avec Alix nous travaillons la lumière et les natures mortes, je suis tombé sur un article qui présente une rétrospective sur un photographe hors du commun : Denis Brihat, qui a aujourd'hui 83 ans et est toujours aussi passionné...

Après la guerre il a travaillé dans une agence de photographes, il a côtoyé Willy Ronis, Robert Doisneau et bien d'autres. Au début des années 60, après voir notamment découvert les photos de poivrons d'Edward Weston, il arrête tout et va s'installer dans le Lubéron qu'il ne quittera plus. A partir de là il composera des "tableaux photographiques" à partir de légumes, de fruits et autres lichens. Ces photographies argentiques et virées à l'or, au sélénium, etc. sont quelques fois tirées en un seul exemplaire. Il faut dire qu'il arrive quelques fois à ce bonhomme incroyable de passer plus d'une semaine dans son labo pour réaliser un seul tirage...

Lire l'article de Télérama qui présente la rétrospective : http://www.telerama.fr/scenes/denis-brihat-photographe-des-natures-vives,76855.php

Le site internet de Denis Brihat : http://www.denisbrihat.com

Et pour vous donner envie de suivre ces liens, une petite mise en bouche :
Betterave germée - Denis Brihat - 1982
virage au sélénium et sulfuration

samedi 26 mars 2011

Françoise Huguier dans les appartements communautaires

Exposée à Arles en 2008, Françoise Huguier nous fait part dans ses photos d'une de la série "Kommunalka" d'une expérience très singulière : sa vie dans les appartements communautaires de Saint-Pertersbourg. Certaines de ces images étaient présentées au Salon de la Photo de Riedisheim qui se tenait du 12 au 20 mars.
Retour sur ces images accompagnées du texte de l'expo.


Après l'université, le seul moyen pour Françoise Huguier de gagner sa vie dans le monde de la photo, c'est de travailler comme ouvrière dans des laboratoires photographiques. Dos 1976, elle débute comme photographe free-lance par une collaboration avec le centre Pompidou avant de commencer a réaliser ses premiers reportages pour des magazines français. 1983 est une année charnière pour Françoise Huguier. C'est cette année-là qu'elle intègre l'équipe du quotidien Libération et que naît une amitié très forte avec Serge Daney qui lui fera découvrir le monde du cinéma où elle rencontre des realisateurs avec qui elle collaborera, comme Claire Denis, Souleymane Cissé, Satyajit Ray, Akira Kurosawa.

Françoise Huguier - Kommunalka
J'aime beaucoup la composition et le jeu des couleurs
de cette photo ainsi que le regard de cette femme.


Libération lui offre aussi la possibilité de photographier le monde de la politique, de la culture et de la mode aussi bien en France qu'a l'étranger. Parallèlement, elle commence un travail personnel sur des sujets aussi différents que l'Afrique, la mode, la Sibérie, le Japon, la Russie ou l'Inde. En 1986, Françoise Huguier entre a l'Agence VU. Passionnée par l'Afrique elle part en 1989 sur les pas de Michel Leiris, ce qui lui inspire un premier ouvrage, Sur les traces de l'Afrique fantôme paru aux éditions Maeght en 1990. Elle sera lauréate de la Villa Médicis hors les murs pour ce travail.

En 1991, Françoise Huguier découvre les photographes Seydou Keita ot Malick Sidibé et contribue a faire connaitre leurs oeuvres (Malick Sidibé sera lauréat du prix international de photographie en 2003). En 1993, elle est à nouveau lauréate de la Villa Médicis hors les murs pour son livre En route pour Behring (éditons Maeght), journal de bord d'un voyageur solitaire en Sibérie. Ce travail, exposé dans de nombreux festivals et galeries, lui vaut un prix au World Press Photo cette même année.

En 1994, elle crée la première Biennale de photographie de Bamako au Mali. En 1998, elle expose à la Maison européenne de la photographie "A l'extrême" résultat de plusieurs années de travail dans le Kwazalu-Natal en Afrique du Sud.


Grâce aux liens tissés au cours de son premier séjour en Afrique, Françoise Huguier retourne au Burkina Faso et au Mali pour photographier l'Intimité des femmes africaines. De ce travail naîtra Secrètes, édité chez Actes Sud en 1996.

Do 2000 à 2007, Françoise Huguier séjourne deux mois par an dans les appartements communautaires de Saint-Pétersbourg. De cette immersion dans les restes de la période soviétique, elle ramène des photos et un film. En 2008, Kommunalka fait l'objet d'une exposition aux Rencontres de la photographie d'Arles puis est publié sous la forme d'un livre chez Actes Sud.

La même année, Kommunalka, un film documentaire long métrage, est présenté au Festival de Cannes et obtient le prix Anna Politkovskaia au Festival international de films de femmes de Créteil.


En 2004, Françoise Huguier retourne pour la première fois au Cambodge 50 ans après l'avoir quitté. Un voyage émouvant sur les traces de son enfance prisonnière des Viêt-minh. Un livre, J'avais huit ans, retrace cette histoire et paraît chez Actes Sud on 2005. Suit une exposition aux rencontres photographiques d'Arles. En résidence d'artiste à Singapour en 2009, elle travaille sur un nouveau projet "Classe moyenne dans les HDB (Housing Development Board)". Ces images ont été exposées au Mois de la photographie à Singapour.

Pour terminer voici l'image peut-etre la plus célèbre de la série :
Françoise Huguier - Les trois éviers - Kommunalka

mardi 25 janvier 2011

Duane Michals, des rêves en images



J'ai découvert le travail de Duane Michals il y a seulement quelques semaines et je dois dire que j'ai réellement été séduit. D'abord, j'aime bien sa façon de raconter de petites histoires, souvent déroutantes, avec des moyens qui restent très simples. Ensuite, j'aime quand il mêle le texte et les images, les photographies étant accompagnées de quelques phrases manuscrites. Enfin, j'aime les interrogations posées par ces images étranges et souvent surréalistes.

Retour sur quelques images de ce photographe américain né au début des années 30.

Pour commencer il y a cette image :
The illuminated man - 1968 - Duane Michals
Cette photo est très célèbre et illustre ce que j'aime dans la démarche de Michals : une économie de moyens, des effets très simples et pourtant au final une photographie qui pose des questions et reste immédiatement en mémoire.

Le thème du cours de photo en ce moment est l'autoportrait. Je ne sais pas si cette photo est un autoportrait -et à vrai dire je ne veux pas le savoir, elle se suffit à elle-même sans plus d'explication-  mais j'aimerais m'en inspirer pour réaliser un deuxième "autoportrait anonyme" (cf. L'envers de moi), cette fois-ci un peu moins alambiqué que le premier.

Ensuite il y a cette photographie qui représente le père, la mère et le frère de Duane Michals :
A Letter from my father - 1975 - Duane Michals
Tout est dans le titre sauf que... on ne voit pas du tout le lien entre cette photo et cette "lettre de mon père". Michals s'explique à ce sujet dans un petit film de la série "Le renouveau de la photographie contemporaine" réalisé par Dominique Dubosc :

"Je connais mes parents depuis toujours et jamais ils ne se sont montrés à moi. J'ai photographié ma mère, mon père et mon frère au début des années soixante à Manhattan. Mon père avant cinquante ans, mon frère vingt et ma mère... ma mère avait son âge. J'ai d'abord photographié mes parents, mais ces photos me rendaient très malheureux, alors j'ai essayé différentes combinaisons avec mon frère. Si vous saviez le secret de notre famille vous trouveriez la photo que j'ai finalement choisie bien plus révélatrice qu'elle n'en a l'air.
Bien des années plus tard, quand mon père est mort, j'ai écrit un texte sous cette photo et je l'ai appelée "Une lettre de mon père". C'est un texte sur notre relation, par sur ce qu'il avait l'air d'être mais sur ce qui s'est passé -ou pas- entre nous.
Le texte dit :
"Une lettre de mon père".
"Autant que je m'en souvienne mon père m'a toujours promis de m'écrire une lettre, juste pour moi, mais il ne m'a jamais dit sur quoi. J'ai souvent essayé de deviner quel secret, quel mystère, quelle révélation nous allions enfin partager. Je sais ce que j'espérais lire dans la lettre, j'espérais qu'il me dise où il avait caché sa tendresse. Mais il est mort, le lettre n'est jamais arrivée, et je n'ai jamais trouvé l'endroit où il avait caché son amour."

L'association de cette photo qui paraît banale au premier abord, mais qui est aussi réellement intrigante, avec un texte aussi fort, me paraît particulièrement réussie. Là encore la simplicité des moyens, le simple jeu des regards, l'écho avec le texte en légende, tous ces éléments produisent un effet puissant et une réelle émotion.

Voici une autre série d'images intéressante : "Things are quere", les choses sont étranges. Dans le même reportage Michals explique sa démarche :
"Les photographes s'imaginent que la photo dit tout simplement ce qu'on voit, et que cette réalité c'est la vérité. Moi je n'y crois pas trop à ça, je pense que la réalité est plutôt faite de contradictions, et c'est quelque chose que j'aime bien montrer dans mes photos. J'aime bien contredire ce que vous croyez voir. Dans "Les choses sont étranges" chaque photo contredit la précédente. La séquence commence avec cette image d'une salle de bains...

...dans laquelle apparaît sur la photo suivante un pied géant. La contradiction vient de la taille du pied qui ne cadre évidemment pas avec la salle de bains.
A partir de la troisième photo l'appareil commence à reculer, on découvre l'homme qui se tient pieds nus dans cette petite salle de bains, mais ça reste incompréhensible. L'échelle est impossible, on ne sait toujours pas à quoi s'en tenir.
La séquence continue et on retrouve l'image de l'homme à la salle de bains dans un livre. On voit un gros plan d'un livre avec un énorme pouce qui contredit de nouveau la photo précédente.
L'appareil recule toujours et on découvre un homme debout dans une espèce de passage et on aperçoit le livre par dessus son épaule.
On recule encore et l'image se retrouve tout à coup dans un cadre.
Nouveau recul, le cadre a l'air d'être accroché au-dessus d'un lavabo.
Et finalement on revoit exactement la même photo qu'au début, sauf que cette fois on remarque bien la petite photo encadrée. Donc on se rend compte que la vérité -la vérité de chaque photo- a toujours été démentie par la photo suivante, et ainsi de suite."

Voilà une série typique du travail de Duane Michals, une réflexion sur ce que l'on voit, ce qui est donné dans l'image et qui semble vrai et qui l'instant d'après est contredit par une autre image qui semble tout aussi "vraie" que la première...

samedi 8 janvier 2011

Clark et Pougnaud à la Filature

Comment bien démarrer l'année ? Peut-être par une petite expo photo, non ?
Les artistes Clark et Pougnaud sont actuellement exposés à la Filature à Mulhouse. Petite visite d'une expo aux compositions naïves et intimistes.

Bon d'abord, que dit la plaquette de l'expo ?
"Le couple d'artistes, Clark et Pougnaud travaillent ensemble depuis douze ans. Installés à Paris ils produisent environ dix images par an, créant un univers issu du mélange de la peinture, de la photographie et de la scénographie. Pougnaud est peintre ; son inspiration vient du théâtre, particulièrement des décors de scènes. Elle réalise les décors et le maquettes dans lesquels viennent s'insérer les photographies des personnages. Clark est photographe de studio depuis vingt-cinq ans, il retouche lui-même ses photographies. ils définissent leur approche par le terme "slow art" dont ils revendiquent l'appartenance : "La beauté pour nous, réside dans le respect du pas lent de l'Homme tranquille".
Bien qu'ils se servent des outils numériques et que la technologie fasse partie de leur vie, ils souhaitent conserver autant que possible une approche argentique et manuelle dans leurs photographies. Les artistes ont une démarche qui se veut ludique et non conformiste, ils travaillent à l'ancienne et prennent le temps de lier avec leurs modèles une relation amicale avant de leur fabriquer un décor sur mesure. Chacune de leurs images raconte une histoire.
Ils ont reçu la mention spéciale du prix Arcimboldo en 2000 et ont été les lauréats de la fondation photographies HSBC en 2006."

La première partie de l'expo est consacrée à un "Hommage à Edward Hopper".
Clark et Pougnaud - Anne-Charlotte, Arnaud et Stéphane, 2000
Ces photographies reprennent des scènes peintes par Edward Hopper pour l'essentiel peintes dans l'entre deux guerres :
E. Hopper - Noctambules, 1942

"Nous avons été séduits par le cadrage, la lumière, la mise en scène des tableaux d’Edward Hopper.
Nous n’avons pas cherché à reproduire ses tableaux mais à nous en inspirer plus ou moins. Nous nous sommes approchés à pas silencieux pour ne pas déranger l’ordre apparent.
Nous avons choisi de faire poser des comédiens, car ils savent habiter une apparente immobilité, et parce que nos décors ressemblent à ceux du théâtre."

Clark et Pougnaud - Bella, 2000
Le parcours du visiteur est ponctué de petites mises en scènes humoristiques.

Les photographies sont mises en scène et accompagnées de petits décors :

Clark et Pougnaud - Bérénice, Rosalie et Fanica, 2004
Clark et Pougnaud - Bérénice, Rosalie et Fanica, 2004
"Des caravanes jaune soleil sur un terrain vague,
Une chèvre qui broute sans se soucier de rien,
Des enfants qui vivent naturellement,
Un homme qui joue du violon sur le marchepied de sa roulotte,
Une femme qui cuit des beignets sur un brasero, un jongleur,
Des acrobates, une mère qui allaite, une autre qui chante…
Quand on pénètre chez les Romanès, avec ou sans chapiteau,
On entre chez des gens qui vivent plus près des étoiles et des oiseaux
Pour partager avec eux un moment d’humanité."


Enfin, une dernière partie, "Enfance et contes de fées", présente des images oniriques de personnages de contes comme le petit poucet ou le chaperon rouge dans une mise en scène bucolique et naïve.

Clark et Pougnaud - L'Ascension, 2000
Pour en savoir plus, le site des deux artistes : http://www.clarkpougnaud.com

dimanche 12 décembre 2010

Gregory Crewdson à Baden-Baden

Affiche de l'expo Gregory Crewdson - Duane Hanson
Visite de l'expo "Gregory Crewdson / Duane Hanson - L'inquiétante étrangeté du réel" au Museum Frieder Burda à Baden-Baden.


Texte de présentation de l'expo :
"Gregory Crewdson, né en 1962 à Brooklyn, New York, est l'un des photographes contemporains les plus connus sur la scène internationale. Ses oeuvres proposent une synthèse de fiction et de réalité qui interpelle notre subconscient avec une efficacité peu commune. Dans l'oeuvre la plus importante de sa production à ce jour, le cycle «Beneath the Roses», élaboré entre 2003 et 2008, Crewdson emprunte les images glauques du monde de la small town américaine pour composer des scénarios d'une densité étonnante et quasiment baroque évoquant toutes les tristesses de l'existence humaine. L'exposition du Musée Frieder Burda montre vingt photographies appartenant à ce cycle et présentées en dialogue avec des sculptures de Duane Hanson. Les réalisations de Crewdson sont des oeuvres pour lesquelles l'artiste ne ménage ni sa peine ni les moyens mobilisés. Comme dans le tournage d'un film, chaque mise en scène est pensée longtemps à l'avance, programmée avec une extrême minutie, puis réalisée avec des ressources logistiques importantes et un investissement considérable de l'artiste. Le résultat final est souvent le fruit de plusieurs semaines de travail, d'où la complexité du message et un niveau technique très abouti. 



 

En 1988, Crewdson termine son cursus de street photography à la Yale School of Art à New Haven. Il revient en 1993 et occupe depuis lors la chaire de photographie de cette université. Pour la réalisation de ses œuvres, Crewdson sillonne l'État du Massachusetts à la recherche de lieux d'atmosphère ; il y installe ses décors, qui sont de véritables plateaux de tournage. Les habitants de ces petites villes lugubres sont souvent invités à incarner eux-mêmes les personnages de la mise en scène. Les photographies de Crewdson évoquent ainsi des images de film et, de fait, l'artiste est très proche de l'art cinématographique. Des réalisateurs comme Alfred Hitchcock, David Lynch ou Steven Spielberg sont les inspirateurs de ces inquiétantes dramaturgies qui semblent gelées autour d'un instantané unique, noeud narratif dont la construction montre l'extraordinaire talent de l'artiste. Comme la littérature la plus exigeante le fait avec son lecteur, les photographies de Crewdson exigent la collaboration du spectateur, auquel incombe l'essentiel de l'activité créatrice. La fiction qui s'élabore dans l'esprit de ce dernier, grâce à son imaginaire, aux images et aux associations qu'il produit, engendre un univers concurrent de la réalité objective - un monde d'une très inquiétante étrangeté. Mais un regard rapide ne suffit pas : le spectateur doit s'immerger longuement dans un décor rempli de détails et d'indices, et être ainsi en mesure d'appréhender l'ensemble du dispositif scénique.
 


Les images de Crewdson sont un travail très concerté autour d'émotions et d'angoisses dont son oeuvre offre, sous des scénarios variés, les images récurrentes : isolement, absence, honte, désir, frustration - des sentiments qui touchent le spectateur au plus profond de lui-même. Que Crewdson travaille ainsi au plus près de la psyché tient peut-être aussi au fait que ce fils de psychanalyste a été familiarisé de bonne heure avec la complexité troublante de l'âme humaine. Ses oeuvres peuvent être interprétées comme des métaphores d'angoisses et de désirs présents sous la surface visible des choses : comme si l'artiste cherchait à faire apparaître un autre niveau de réalité, situé quelque part entre le conscient et le subconscient. 

Mais la série « Beneath the Roses » peut également être vue comme un psychogramme de la vie provinciale aux États-Unis. Les décors choisis montrent des réalités sociales et attestent, derrière les décors stéréotypés de l'american way of life, la décadence économique de toute une société. Sans attendrissement ni détours, Crewdson représente la vie de la classe laborieuse, à l'instar de Duane Hanson, dont l'ceuvre gravite, elle aussi, autour de ce concept d'humanité dont ses personnages silencieux et introvertis éclairent de multiples aspects. 

Le "making of" des photographies de Crewdson était très intéressant.
Evidemment, comme trop souvent aujourd'hui dans les expos, les photos étaient interdites.
Et... je me suis fait rappeler à l'ordre par le gardien :-)

Toute une série de photos de plateau (production stills), de dessins originaux de l'artiste et de schémas détaillés des dispositifs d'éclairage illustrent la genèse du cycle «Beneath the Roses
». Avec soixante documents extraits de ce fonds, une salle d'exposition autonome est dédiée au making of de l'oeuvre, montrant de façon concrète les processus techniques complexes qui lui ont donné naissance."

D'une manière générale les photos de Crewdson, réalisées à la chambre photographique dans un décor de cinéma, sont intéressantes et intrigantes ; les lumières et la multitude de détails sont particulièrement complexes et bien étudiées. Cependant, sur l'ensemble des photographies proposées, seules quelques unes dégagent réellement cette "inquiétante étrangeté" qui fait le titre de l'expo, cette ambiance à la David Lynch où planent une angoisse et d'obscures interrogations. Par ailleurs, si ces images manifestent une incontestable perfection technique, les prises de vues avec de multiples assistants, un directeur de la photographie (sic) et les milliers de dollars probablement investis pour chaque photographie, me laissent assez interrogatif sur le sens de cette démarche.

Les oeuvres de Crewdson et Hanson côte à côte au Museum Frieder Burda
L'expo de Crewdson était mêlée à des sculptures de Duane Hanson, cocasses et inquiétantes à la fois.
 
Devinez où est la sculpture sur cette photo ?
Juste à côté du Museum Frieder Burda se trouve le Kunstahalle de Baden-Baden qui propose une exposition sur l'auto-portrait au XXème siècle. L'expo ne tient pas ses promesses (peu d'oeuvres et pratiquement aucun texte d'explication) mais on y retrouve Cindy Sherman :

et un autoportrait que je trouve réussi de Gilbert and George :

Voilà ce sera tout pour ce dimanche pluvieux mais culturel :-)

mercredi 1 décembre 2010

Reflections of a world


Petit tour à la galerie Stimultania pour visiter l'expo "Reflexions of a world" de Dmitry Rubinshteyn et Alexey Alexeev. Travaillant à la chambre photographique avec des techniques anciennes ces deux photographes russes présentent des images sur verre aux noirs profonds et délicat de l'ambrotype (à lire aussi l'expo "Les primitifs de la photographie"). Paysages, portraits, natures mortes, autant de sujets traités avec des photographies originales.

Mon portrait préféré de la série ; le temps de poses assez long (3 à 6 secondes) obligent le modèles à "tenir la pause" ce qui donne cette expression de visage si particulière.

Une oeuvre intitulée Moby Dick ?


Euh... ça vous surprend si je vous dis que j'aimerais bien apprendre ces techniques ?
Bon en tout cas je vous invite à visiter leur site internet :
http://wet-plate.ru/ pour Dmitry Rubinshteyn et
http://www.ambrotype.ru/index_en.html pour Alexey Alexeev.

On peut profiter de cette visite à Stimultania pour faire un petit tour du côté de l'Aubette qui vient d'être réaménagée :

A l'Aubette on passe la porte au fond là-bas et puis... on découvre une "oeuvre" de Tino Sehgal. Cet artiste très original qui vit aujourd'hui à Berlin organise des "événements" au caractère très singulier. Ici pas d'affiche, pas de photo, pas de carton d'invitation pour le vernissage, pas même de site internet dédié aux oeuvres de l'artiste... A chaque présentation le mystère est complet : on ne sait jamais ce qu'on va voir ni même ce qui fait vraiment partie de l'oeuvre-spectacle-performance. Je vous laisse donc découvrir ce qu'il y a derrière cette porte en vous précisant simplement qu'une fois entré vous aurez du mal à en sortir  :-)

dimanche 17 octobre 2010

Les ruines de Detroit

Visite hier soir de l'expo photo "Les ruines" en sortant du spectacle de Pippo Delbono au Maillon.
Yves Marchand et Romain Meffre photographient des ruines, tout particulièrement à Détroit.
Pour en savoir plus : http://asso-la-chambre.blogspot.com/2010/09/yves-marchand-et-romain-meffre-les.html

La maison de mes rêves :


 Et chez le dentiste?